Penser

Trois mois sans son conjoint : mon expérience

On s’imagine souvent lorsque l’on vit en couple depuis plusieurs années, que pour briser la monotonie il faudrait pouvoir se « séparer » quelques temps pour mieux se retrouver. Mais est-ce vraiment le cas, et faut-il forcément en passer par cet extrême pour voir d’un œil neuf sa vie conjugale ou familiale du quotidien ?

Du mois de janvier au mois d’avril 2019, mon conjoint est parti en Inde pour une formation de praticien en ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. Ce départ, ce chamboulement m’a appris de nombreuses choses sur moi-même et sur mon couple, et il me semblait intéressant de vous partager quelques éléments de mon expérience d’une séparation physique de plusieurs mois au sein de son couple.

Avant de rentrer dans le vif du sujet je souhaite juste noter que je vais vous parler d’une séparation dans le cadre d’impératifs personnels, et qu’il n’y a, dans ma situation, aucun questionnement sur l’avenir de mon couple, il ne s’agit donc pas d’un « break », d’une pause afin de faire le point. Rien de cela donc ici, mais il n’empêche que la séparation temporaire peut amener certains questionnements que j’évoquerai ici.

I/ L’euphorie de la vie de célibataire

Parfois comme je le disais en préambule, on est las d’une routine conjugale trop présente. Il est vrai que le quotidien se répète, encore et toujours, et les moments simples qui au début d’une relation nous semblaient d’agréables moments à deux, comme regarder une série le samedi soir, ou se préparer un bon repas, deviennent des éléments presque agaçants au long terme.

Au lieu de voir la soirée privilégiée à deux, on se dit plutôt intérieurement « pff, encore une soirée devant la télévision, en pyjama dans le canapé… ! »

On a l’impression que tout est fade, qu’on ne ressent plus de grandes émotions dans les moments partagés. On attend toujours le jour où l’on pourra au fond, faire quelque chose d’exceptionnel (en terme de rareté mais aussi de grandeur). Alors on se dit « vivement les vacances » comme si ça changerait quelque chose vis à vis du couple, ou encore on se dit qu’il faudrait quelque chose d’extraordinaire : une entrée dans un spa, un restaurant gastronomique, un voyage sensationnel, une virée sur un voilier…. bref ! Des événements incroyables qui « pimenteraient » la vie de couple.

Alors comme rien de tout cela n’existe dans le quotidien, on continue à se dire qu’au fond, on se lasse de l’autre, tout simplement. Car on oublie de profiter des choses simples ; et les pensées viennent alors. Soit on se demande si on aime toujours son ou sa conjointe ? Soit on se dit qu’au fond on aimerait bien pouvoir profiter un peu seul, que la présence de l’autre nous pèse et qu’un peu de repos dans sa vie de couple serait la bienvenue pour se retrouver avec davantage de passion. Peut-être encore ne vous posez-vous aucune question, et que la routine du quotidien dans votre couple ne vous pose aucun soucis ! Et vous êtes bien chanceux car à mon avis vous faites parti d’une minorité !

Alors quand mon conjoint a décidé de partir à l’étranger pour sa formation de thérapeute ayurvédique, au fond de moi même si j’étais bien sûre triste de devoir faire sans lui pendant trois mois, cela me semblait au final plus qu’insurmontable. J’ai de suite également pensé que revenir à mon rythme pourrait me permettre de faire peut-être des choses que je ne faisais plus « à cause » de mon couple, que je pourrai faire davantage d’activités, que je n’aurai plus la pression de l’autre tout le temps…. et alors j’appréhendais d’une façon joyeuse son départ, autant parce que j’étais contente pour lui de pouvoir faire cette expérience de partir en Inde pour des études, ce qui est un peu une initiation également, mais aussi pour moi pour pouvoir souffler un peu et profiter d’une vie de célibataire quelques semaines.

II/ La désillusion

Le premier mois s’est très bien passé. J’étais enthousiaste donc que mon conjoint s’en aille. Outch vous allez me traiter de vieille sorcière ingrate ! Mais au fond je voyais ça comme une expérience de vie intéressante, ni plus ni moins ! Et mon amour pour mon chéri n’était en rien entachée à ce moment là au contraire. La première semaine par exemple, certaines choses m’ont même manqué rapidement. Le plus choquant c’était de ne plus sentir son odeur. J’allais renifler son oreiller pour retrouver les dernière effluves naturelles qui étaient finalement tant présentes dans mon quotidien -et même les derniers tee-shirts de la panière !!!- Mais de jour en jour finalement on s’habitue à l’absence de l’autre, et on commence à se recentrer sur soi-même.

Personnellement j’avais envie de m’ouvrir davantage au monde, de retrouver la curiosité d’aller dans de nouveaux lieux, de sortir davantage. Faire plus de sorties culturelles de toutes sortes que ce soit. Ces choses là nous les faisions très peu avec mon compagnon lors des derniers mois. Et je nous trouvais un peu trop « plan plan » alors j’ai assouvi ma soif de sorties très rapidement : cinéma, expositions, concerts, café en extérieur, balades, shopping, restaurant… Je sortais assez souvent et seule. Cela ne me gêne absolument pas !

Mais finalement, ces envies curieuses de sorties culturelles et d’une vie foisonnante a vite trouvé un point d’équilibre, et la routine, même seule, s’est réinstallée.

Le métro boulot dodo n’épargne personne, qu’on soit célibataire, en couple ou en famille.

Aussi, sur le premier mois d’absence de mon conjoint, je n’avais pas ressenti de grande peine d’être si loin de lui et si seule, car je ne suis pas très entourée personnellement par des amis, je suis au fond assez solitaire. Mais vers le second mois… là, le temps s’est fait sentir. J’ai trouvé cette absence interminable ! Drôle de revirement de situation ! Je ne pensais pas d’ailleurs ressentir ce tiraillement si intensément. C’était devenu finalement très difficile au quotidien : chaque jour je comptais les jours restants. Et c’était un enfer. Peut-être qu’au fond l’ennui s’est fait sentir. Comme je vous le disais je suis quelqu’un d’assez solitaire, exclusive. Mais lorsque je partage ma vie avec quelqu’un, je lui raconte tout et fais tout avec. Tous les moments insignifiants du quotidien, les interstices, me permettent d’exprimer mes émotions : je parle beaucoup, débat, argumente, lance des idées… Je communique énormément par exemple lors des repas. Et cela prend du temps, c’est vrai. Alors ne plus pouvoir partager ainsi avec mon compagnon m’a été très difficile une fois passée l’euphorie de la vie à son propre rythme.

III/ La mise au point

Vers la fin de son séjour en Inde, tout s’est accéléré dans mon quotidien, j’achetais une maison, j’adoptais un chien, et ma vie professionnelle s’enrichissait également. Le temps s’était drôlement raccourci du coup, et je n’avais plus le temps de penser tout simplement à mon ennui ! Malgré tout l’absence de l’autre, elle, persistait. Il me tardait de pouvoir bavarder avec mon compagnon, de pouvoir partir en balade, de manger ensemble, de profiter des rayons du soleil et du chant des oiseaux. Les choses les plus insignifiantes avaient retrouvé dans mon imaginaire le comble du bonheur, et je me languissais de pouvoir à nouveau le partager avec lui !

Je me suis aussi rendue compte que les sorties culturelles et découvrir de nouveaux artistes n’était au fond en rien indissociable de la vie à deux, et qu’il fallait simplement réussir à accorder les envies de chacune des parties. Que parfois on ne peut pas tout faire à deux, et qu’on peut juste prendre un peu de temps pour soi, pour lire en écoutant la musique électronique qui déplaît à l’autre, ou encore pour aller voir une exposition que l’autre trouverait sans importance. Mais aussi et surtout, au final je me suis rendue compte que moi-même ne sortais pas tant que cela seule. C’était encore une fois une « envie d’herbe plus verte ». Au final mes sorties culturelles ne dépassent pas les deux fois par mois, ce qui est loin d’être une vie très riche niveau découvertes ! Alors cela permet de relativiser également les choses : ce n’est pas l’autre qui nous empêche de sortir, c’est simplement qu’on ne priorise pas cet aspect dans notre vie et qu’on a parfois d’autre chats à fouetter et d’autres envies ! On fait du sport, on cuisine, on lit, on se balade avec son chien, on a des loisirs… bref ! Notre quotidien est riche, avec ou sans sorties ! C’est également ce que m’a appris cette période de vie seule.

Conclusion

Au final on se rend donc compte de beaucoup de choses lorsqu’on peut prendre simplement du recul sur sa vie de couple.

L’absence de l’autre me pèse ? Oui
Le rythme de l’autre m’empêche-t-il d’être moi-même ? Non
Mes envies sont-elles en contradictions avec les siennes ? Non
Est-ce qu’il me manque ? Oui
Est-ce que je suis toujours amoureuse ? Oui, plus que jamais !

Comment est-ce que je le sais ? C’est aussi la magie de l’absence : on retrouve l’autre comme pour la première fois. On remarque les détails qui nous ont fait craquer : les attentions, les gestes, les mimiques, le sourire, l’attitude, la chaleur d’une étreinte authentique… Oui, définitivement je suis bien mieux avec mon compagnon que seule, et cette séparation temporaire m’a permis de me rendre compte que cet homme, je l’aime, et que j’ai une chance inouïe d’avoir à mes côtés quelqu’un qui s’accorde finalement beaucoup plus que je ne le pensais parfois, avec moi-même, mes envies et aspirations.

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