Penser

Revue cinéma de mars 2018

Mammuth – Gustave Kervern et Benoît Delépine (2010)

 

Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublier de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une « Mammuth » qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire…

A lire cette description, toute personne normalement constituée s’attend à des rebondissements de l’ordre de la comédie. Un homme qui revit son passé, ses souvenirs le long des routes de France à la recherche de ses anciennes feuilles de paie. Ou encore peut-on s’imaginer des rencontres impromptues qui pimenteraient l’imaginaire de notre nouveau retraité ? En tout les cas, personnellement je m’attendait à tout sauf à ce que j’ai vu le soir de mon visionnage.

 

 

Les réalisateurs pensent leur film comme anticonformiste, anarchiste. Je ne connais pas leurs travaux précédents, mais Mammuth se trouve bien dans cette lignée de films aux partis pris intrigants, dont le sens nous échappe parfois en tant que spectateur. L’esthétique du film est intéressante : le grain de l’image, son instabilité, les couleurs fades… on est plongé dans un autre temps, peut-être même un temps qui n’existe pas : l’attente, l’entre deux. Ensuite on retrouve l’innévitable rappel à la déviance : spécialité française. Cela n’apporte absolument rien à notre histoire, mais soit, on découvre la famille de Serge Pilardosse, notre jeune retraité qui revient voir sa famille après des années d’absence, mais celle-ci est étrange, leurs rapports malsains nous indiquent sûrement que Serge ne vient pas d’une famille « traditionnelle », « conservatrice », mais d’un milieu particulier. Peut-être, mais pourquoi ?

 

 

On se demande à plusieurs reprises la même question tout au long du film, on recherche péniblement un fil conducteur, une histoire. Car finalement, la recherche de ses anciens bulletins de salaire pour espérer une retraite à taux plein est bien un prétexte, mais pour amener quoi d’autre ? Je me le demande encore.

En bref, si vous voulez du « cinéma conceptuel » comme on aime les faire ici, qui ne raconte pas grand chosse, et qui veut se prendre pour du grand art, alors allez-y, mais je vous préviens, ça vous prendra quand même une bonne heure et demi de trop !

 

 

La forme de l’eau – Guillermo del Toro (2018)

 

Nous sommes en pleine guerre froide, l’Union soviétique vient de faire un coup médiatique hors du commun avec le lancement en orbite de la chienne Laïka. Les États Unis ont également mis le paquet sur la recherche, pour essayer de botter en touche leurs rivaux. C’est ainsi que l’environnement de notre film se situe principalement dans un centre de recherche aéro-spatiale. Mais nous n’y entrons avec le regard d’une des nombreuses femmes de ménage qu’il emploie.

L’enjeu actuel au sein de ce centre de recherche est l’étude d’un mammifère marin étrange, que l’on pourrait appeler Sirène pour nous le représenter. De forme humaine il semble pouvoir communiquer, interagir, mais tout le monde n’est pas de cet avis. Seule Eliza Esposito réussira à entrer en communication avec cet être fantastique, grâce à sa vision sans préjugés, et sa bienveillance. Elle finira par tisser un lien particulier avec cet être, malgré leurs différences apparentes.

Difficile de ne pas trop en dévoiler sur ce film, car l’histoire en elle-même est très basique, en fait on pourrait même reprocher à Guillermo del Toro d’être resté un peu naïf dans la façon de nous présenter cette fable, mais en fin de compte c’est aussi ce qui la rend belle et merveilleuse, comme un conte cinématographique. Ici le fantastique est très dilué dans un monde contemporain réaliste, ce qui chambouleront un peu les habitués de ce réalisateur qui aimait mélanger fantastique et épouvante. J’ai beaucoup apprécié ce film qui m’a ému, on y parle de nos rapports à l’autre, à nos préjugés, nos croyances. Sans forcément le souhaiter, il nous questionne sur nos propres façons de faire et d’agir, guidées en temps normal par nos valeurs, et qui, bien souvent en font abstraction.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.