Penser

Revue cinéma de janvier 2018

A Ghost Story – David Lowery (2017)

Il devait au départ s’agir d’une simple sortie familiale. Le synopsis du magazine indiquait une comédie dramatique où un homme marié meurt et revient observer le deuil de sa femme, simple et en même temps original. Hop, blousons et écharpes mis nous nous miment en route vers l’une des salles obscures de la ville. Quelle ne fut pas notre surprise aux première scènes de ce film !

Définitivement, nous ne nous attendions pas à ce style si particulier que développe son réalisateur, David Lowery.

Le personnage principal est bel et bien un homme, ou plutôt son fantôme, et la nuance n’est pas mince puisqu’à mon sens ce film relève totalement du fantastique. Ne vous méprenez donc pas, il s’agit bel et bien d’une histoire de fantôme, sur les fantômes, ces êtres imaginaires qui n’auraient pas encore achevé quelque chose sur terre et qui errent afin d’assouvir ce but et passer enfin dans l’au delà. Ainsi c’est cette quête que nous suivons et non pas les agissements des êtres qui entouraient notre homme mort.

Après avoir pris connaissance avec nos protagonistes, un accident survient, et l’on perçoit alors le monde où revient ce fantôme, tout en gardant une vision à la troisième personne. On contemple un environnement qui se vide peu à peu, de vie et de sens. Le temps semble se rallonger et le spectateur assiste à des scènes où l’on contemple cette lenteur. La musique joue par ailleurs ce même rôle et aide à nous plonger dans cette ambiance d’attente, d’éternel repos. Notre fantôme assiste alors impuissant à tous les changements s’opérant autour de lui, cherchant la réponse à ses questions, il finit par aller de l’avant, et les chercher intensément.

Sa quête l’amène à se replonger dans certaines scènes dans un passé ou un futur dont le spectateur n’en retire que peu d’informations sur ce que cela apporte à notre protagoniste. J’ai eu alors le sentiment d’une incohérence ou en tout cas un manque d’apport de ces scènes à l’intrigue, hormis ce fil rouge du temps qui passe inexorablement.

Au final, là où on pouvait s’attendre à une romance un brin niaise, on rencontre un film audacieux, avec un parti pris fantastique intéressant, contemplatif et poétique. Je vous recommande donc son visionnage si vous n’avez pu le voir en salle en ce début janvier 2018.

 

La légende de Manolo – Jorge R. Gutierrez (2014)

Avec le titre anglais de ce film d’animation « The book of life » je m’imaginais une aventure onirique, fantastique. Et bien je ne m’étais pas trompée car il s’agit d’une histoire relevant de l’imaginaire culturel mexicain : le jour des morts. Une fois par an on célèbre les morts en ravivant le souvenir d’une ou plusieurs personnes proches de nous décédées. Dans cette culture mythique on considère que les morts dont la mémoire est perpétuée par les vivants continuent à errer dans un monde de joie et d’amour, un monde heureux. Au contraire, une fois oubliés les morts arrivent dans un autre monde, plus lugubre et froid cette fois-ci, où les âmes misérables attendent dans l’éternité.

Manolo notre personnage principal est un jeune garçon rêveur, qui avec ses amis Maria et Joaquin mène une enfance heureuse et tranquille. Ces enfants grandissant, ils se heurtent à des choix de vie, chacun est tiraillé entre ses rêves et des injonctions familiales. Maria s’en va en europe dans un pensionnat religieux espagnol, et les deux garçons tous deux amoureux de la jeune Maria se jurent de devenir le meilleur d’eux-même pour la conquérir une fois qu’elle sera revenu dans leur ville natale San Angel.

Dans cette épopée nous rencontrons aussi les dieux des différents mondes des morts, qui font le pari sur l’un et l’autre des garçons dans leur conquête amoureuse. Si le dieu du monde des morts oubliés gagne avec son poulain Joaquin, il pourra prendre la place de la déesse du monde des morts « heureux ». Mais la foi de la déesse dans le pouvoir de l’amour et de la compassion est inébranlable, et elle laisse les deux garçons faire leur chemin et leur preuve, contrairement à son rival qui usera de stratagèmes douteux.

Ce film m’a littéralement émue, j’ai eu de nombreuses fois des flots de larmes tant la beauté de ce conte m’a touchée. La simplicité de la narration rend ce film d’animation parfait pour de jeunes enfants et aussi bien des adultes. On y apprend la réjouissance d’une vie simple, où l’on écoute son cœur. Chercher à être soi, tout simplement, pour être heureux et vivre en paix avec soi, son entourage et le monde. Le village reconnaît la vaillance de tous nos héros qui ont chacun d’eux leurs démons, mais qui ont une force d’être soi qui instaure un climat serein et respectueux les uns des autres.

Une ode à l’amour, à la compassion, et cette piqure de rappel est pour les petits comme des grands, d’un grand réconfort pour affronter le monde parfois difficile, dans les mythes comme dans la réalité. Je vous invite donc à voir ou à revoir ce petit bijou d’animation avec vos enfants sans plus attendre !

 

Castaway on the moon – Lee Hey-jun (2009)

Film dramatique sud-coréen de 2009, le titre français est beaucoup moins racoleur : « Des nouilles aux haricots noirs ». Castaway on the moon -que l’on peut traduire par « Les naufragés de la lune »- nous raconte l’histoire d’un homme d’affaire endetté, dont la vie amoureuse est chaotique, et qui, submergé par le désespoir tente de se suicider en sautant d’un pont sur le fleuve Han à Séoul. Même si M. Kim ne sait pas nager, il se retrouve indemne sur une île déserte de l’autre côté du fleuve. Tant bien que mal il réitère l’opération et ne réussit pas à se suicider. Il décide alors de rester sur cette île en s’y installant, loin du monde, des hommes et des soucis.

Il vit de rien, mange des champignons et quelques poissons et herbes même si il est très hésitant dans sa démarche, car c’est un urbain dont le parcours de commercial l’avait plutôt amené à vivre dans une société moderne de consommation. Mais au fil de ses expériences, monsieur Kim se débrouille de mieux en mieux, utilisant des bricoles échouées sur les berges pour se créer abris, vêtements, ustensiles de cuisine et même outils de jardin ! Il survit, et lorsqu’il découvre le passage de quelques bateaux de tourisme il décide d’inscrire sur le sable de la plage « HELP ».

En face de la baie, une jeune fille vit chez ses parents et a pour habitude d’observer et de photographier la lune une fois la nuit tombée. Elle vit recluse dans sa chambre, emprisonnée dans des identités virtuelles et une vie mortifère où elle ne fait que s’alimenter, dormir et marcher dans sa chambre en guise de routine quotidienne. Sa phobie ou son anxiété sociale l’amène à rester ainsi jour et nuit enfermée dans cet enfer. Mais deux fois par an en Corée du sud, des exercices militaires ont lieu, et la population est priée de se rendre dans des abris souterrains : les rues sont désertes ! Alors elle s’empare de son objectif, et photographie le monde vide de ses êtres humains. C’est à ce moment qu’elle découvre l’inscription « HELP » laissée par M. Kim en face de la baie, sur la petite île de Bam.

La curiosité l’emportera, et malgré sa phobie, la jeune femme commencera une correspondance avec cet inconnu qu’elle considère d’abord comme un extraterrestre étrange, un peu fou. Touchée par ses entreprises pour vivre seul sur cette petite île, elle se liera d’une étrange passion pour son quotidien, et ainsi elle explorera de plus en plus souvent le monde extérieur de sa tanière.

Nous voyons donc deux protagonistes aux parcours très différents, mais dont le mal de vivre se rejoint et les amènent à vivre une expérience hors du commun. Monsieur Kim retrouvera la force et le besoin de vivre au travers du sens même du travail : cultiver, fabriquer, se rendre autonome et se satisfaire de ce que l’on produit. La phobie de la jeune femme diminuera aussi en s’acclimatant à la lumière, au monde, puis aux petits détails qui rendent le quotidien merveilleux comme des fleurs ou du maïs qui pousse, un plat délicieux, l’amour de ses proches.

Il n’y a pas de dialogues dans ce film, presque exclusivement des monologues et des pensées intérieures. Mais tout se passe dans l’émotion de ces visages perdus, seuls, qui regoûtent peu à peu à la vie. On se prend à attendre chacune des nouvelles journées que vivent nos protagonistes pour savoir quels apprentissages nouveaux ils feront, et quels seront les suites de leurs échanges. Une très bonne expérience cinématographique, je vous recommande ce film tendre et émouvant.

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