Rêver

Perturbateurs endocriniens, quid du soja ?

C’est un sujet très tranchant si je puis dire. Les perturbateurs endocriniens font partie de notre vie, et leur multiplication avec notre mode de production moderne et industrialisée a eu des effets sur notre santé non négligeables. Nous connaissons les perturbateurs endocriniens depuis quelques décennies maintenant, mais c’est seulement aujourd’hui qu’un point d’honneur est mis à la recherche scientifique sur cette problématique mondiale. La population est elle aussi bien mieux informée sur le sujet qu’auparavant mais cela n’empêche pas les raccourcis qui déforment parfois les données actuelles. Ainsi au travail, nous discutions cancers et produits laitiers avec une collègue. Celle-ci convenait parfaitement qu’il fallait réduire -ou arrêter- les produits laitiers pour limiter l’ostéoporose, le vieillissement cellulaire… Mais par contre, lorsque je lance l’idée de manger davantage de soja et notamment sous forme de « laitages » végétaux, madame est montée au créneau : Surtout pas de soja ! C’est un perturbateur endocrinien !

 

Comme ce n’est pas la première fois que j’entends cet argument pour limiter la consommation de soja dans l’alimentation humaine, je souhaitais me renseigner davantage. Peut-être cette femme avait-elle raison au fond ? Mais mes souvenirs me renvoyaient plutôt à une vision idyllique de cette céréale aux nombreux aspects santé ! Alors voyons ensemble les lieux communs, les fausses croyances et ce que nous dit la science aujourd’hui sur le sujet.

 

Perturbateurs endociniens : quézako ?

L’organisation mondiale de la santé a statué sur une définition de ce que sont les perturbateurs endocriniens en 2002. Un perturbateur endocrinien est « une substance exogène ou un mélange qui altère la/les fonction(s) du système endocrinien et par voie de conséquence, cause un effet délétère sur la santé d’un individu, sa descendance ou des sous-populations ».

Cette définition nous renvoie à trois points très importants à mon sens.

Premièrement il s’agit d’une substance exogène, qui provient de l’extérieur de l’organisme. Il n’est donc pas naturellement présent et trouve son origine dans la confrontation à notre environnement.

Deuxièmement ces perturbateurs agissent sur le système endocrinien, c’est à dire l’ensemble des organes qui possèdent la fonction de sécrétion d’hormones comme les organes génitaux, les glandes surrénales ou la thyroïde par exemple. Les hormones jouent un rôle de communication de l’information dans notre corps tout comme le système nerveux, elles permettent de réguler et de modifier le comportement d’organes pour adapter le corps à des changements internes ou externes. Elles agissent notamment dans la croissance, le métabolisme, le développement sexuel et cérébral pour ne citer que quelques exemples.

Troisièmement la définition insiste sur l’incidence délétère des perturbateurs endocriniens sur le long terme : on parle de plusieurs générations exposées et donc d’un vrai problème de santé publique.

 

Les sources d’exposition

L’exposition à ces produits peut se faire d’une multitude de façons puisque les résidus sont principalement présents dans notre environnement direct comme l’air et l’eau. Il peut s’agir de résidus de pesticides, de plastiques, de médicaments. On en retrouve également les hormones naturelles ou de synthèse comme les œstrogènes, la testostérone et la progestérone. Du côté végétal on trouve également des phytoœstrogènes présents dans des plantes comme le soja, certains trèfles et la luzerne.

Le hormones de synthèses contenues dans les contraceptifs sont rejetés au travers des urines humaines dans les eaux usées et participent ainsi à une forte concentration de perturbateurs endocriniens dans les eaux.

Il y a également des produits chimiques et industriels qui contiennent des perturbateurs endocriniens. Il s’agit entre autres de certains produits de combustions, des phtalates, bisphénol A, parabènes, l’étain… Nous sommes exposés à ces produits de façon indirecte car ils sont très souvent contenus dans des produits dont on ne douterait pas de la nocivité : par exemple un masque pour cheveux, ou un contenant à réchauffer au micro-ondes. Mais quoi qu’il en soit, nous en consommons tous, et nous savons que plus nous en consommons tôt, plus les dégâts sont importants -surtout les femmes enceintes car le fœtus absorbe tous ces produits par le placenta.

 

 

Qu’en est-il des hormones naturelles alors ?

Une chose est sûre, le problème principal est que nous possédons que très peu d’études d’envergure sur la consommation de végétaux au fort taux de phytoœstrogènes. Cette molécule de par sa composition même est comprise dans les perturbateurs endocriniens, ce qui est logique puisqu’elle est exactement une hormone, donc l’ingestion d’hormones peut potentiellement perturber nos systèmes hormonaux, jusque là nous n’avons pas besoin d’un Bac+8 pour le déduire. Ensuite, pour comprendre son fonctionnement dans le corps, tout se complexifie !

Des études sur les animaux ont montré qu’une ingestion massive d’aliments contenant des phytoœstrogènes développaient des maladies liées à une perturbation hormonale. En effet dans son pré, un mouton consomme 70 à 80% de son alimentation en trèfle. La toxicité des phytoœstrogènes est jugée plus importante chez les animaux que chez les humains. D’ailleurs à ce jour aucune donnée n’indique une toxicité endocrinienne des produits à base de phytoœstrogènes pour l’homme. Étrange vous me direz ? J’en conviens, et pourtant c’est principalement le fait du nombre très faible d’études sur le sujet. En sachant que l’homme ne consomme pas vraiment de trèfle ou de luzerne dans on alimentation, on se concentrera sur le soja !

Cette céréale multimillénaire est consommée par une part de l’humanité depuis des temps anciens. Ainsi on note des différences dans la réaction hormonale lors de la consommation de phytoœstrogènes selon les cultures et les origines. Aussi il semblerait que l’assimilation des phytoœstrogènes diffèrerait selon le mode alimentaire riche en fibre ou non par exemple, et de la flore intestinale. On voit donc que chaque individu a une réponse différente à la consommation de phytoœstrogènes contenus dans le soja ce qui rend difficile des études de cohortes.

Au contraire des préconçus sur la nocivité du soja, des études in vitro montreraient une multitude d’effets positifs sur la santé de leurs consommateurs : diminution de l’ostéoporose, prévention de maladies cardiovasculaires, modère l’hyperglycémie, lutte contre les radicaux libres qui oxydent nos cellules… Bref, sans compter que cette céréale n’est pas chère à produire, demande peu d’eau et se cultive sur tous les continents… Elle serait presque parfaite ! On reproche bien sûr à ces études de ne pas avoir été testées sur des individus, et on attends donc confirmation de ces résultats très probants.

Ce que l’on peut dire cependant, comme toute chose, c’est qu’une consommation abusive de l’ordre -comme nos moutons- de 70-80% de soja serait excessive. Mais il faut le faire pour consommer quasiment exclusivement du soja ! Et de toute façon cela manquerait d’équilibre, de fruits et de légumes, bref, n’irait pas en adéquation avec nos besoins vitaux, alors qu’au contraire une consommation modérée mais régulière serait bénéfique pour tous ces aspects santé de cette céréale qui peut être consommée de plein de façons différentes !

 

Conclusion

Face à l’enjeu de santé publique que représente le danger des perturbateurs endocriniens, les politiques et les chercheurs mettent dorénavant le paquet concernant la recherche sur cette problématique. On ne peut qu’espérer une croissance des études d’envergure sur les bienfaits et les méfaits d’une alimentation contenant des phytoœstrogènes sur l’homme. Avec le recul il sera possible d’établir des normes de consommation qui peuvent rassurer la population qui classe le soja comme ennemi de par sa composition, et de mettre en lumière ses bienfaits de prévention santé.

En espérant que cette lecture vous aura plu, je vous dis à bientôt sur Eudoxie-blog.com !

 

Sources pour la rédaction de cet article :

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/perturbateurs-endocriniens

PDF téléchargable : revue inserm-les_phytoestrogenes_et_leurs_perspectives

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