Plume

Minuscules majuscules #4

Le fardeau

Las je ne vois que le sol avec ces satanées œillères,
Las je ne peux tourner la tête avec ce harnais qui me serre.
Obligé que je suis d’avancer contre mon gré
Je n’ai pas même les mots pour m’y opposer.

Si seulement je pouvais lui dire, à celui-là qui me tire,
Que je n’en puis plus de porter cette charge tout le jour.
Mais que puis-je moi, pauvre bœuf ignorant ?
Contre l’idée qu’à l’homme à labourer son champs.

Mes gros sabots s’embourbent dans le sol meuble
Et mes cuisses épaisses tractent la herse et le bonhomme.
Le gros bestiau que je suis n’a pas d’autre issue :
Suivre la cadence, obéir au rythme que la vie m’impose.

Las je regarde alors le sol, languissant le soir où je pourrai souffler,
Sombrer dans un demi sommeil qui engourdira ma peine
Le temps de quelques heures, avant de reprendre la herse,
Le fardeau de ma vie de bœuf du champs des hommes.

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